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Calixte décrocha un appareil intégré à son armure et le posa devant lui, puis souleva délicatement l’avant-bras de la jeune femme et dénuda son poignet. Saisissant la peau fine et blanche à la base de la main, il la tordit. La peau s’étira d’abord, puis se déchira, découvrant des broches et la base d’un circuit électronique.
Attrapant un câble branché à l’appareil posé à ses côtés, Calixte le raccorda au poignet de Yoka 27 et mit le contact. Les yeux de la jeune femme s’ouvrirent et sa main crispée se relâcha. Quelques signaux sonores indéfinis sortirent de sa bouche soudain entrouverte.
- A, abaca, abacule, abaissable, abaissant, abaisse-langue, abaissement, abaisser, abaisseur, abajeu, abajoue, abandon, abandonnataire, abandonné, abandonner, abandonnique…
Yoka se redressa difficilement puis resta assise, les jambes étendues et le dos raide, les yeux braqués devant elle, récitant sa liste à une vitesse sidérante.
- …Zymotechnie, zymotique, zythum.
Sa voix était maintenant claire et limpide. Son regard sembla enfin s’accommoder et s’accrocha à celui de Calixte, qui lâcha un sourire.
- Bonjour Yoka, mon petit robot chéri.
- Bonjour Calixte.
Sa voix était douce et translucide.
- Décidément j’adore la voix des Yokas.
- Signal Z-437, Usine Microdream de Bamako.
- Et je suis ravi de revoir de beaux yeux si vivants.
- Le modèle de série.
- Une belle réussite néanmoins, ton créateur avait du goût.
Yoka se leva et jeta un regard circulaire sur la grotte. Les traits réguliers de son corps apparurent dans leur souplesse, élégamment soulignés par la combinaison.
- Morphoshop 7.4, c’est le logiciel de graphisme morphosensoriel utilisé par mon créateur.
Calixte esquissa un mouvement de mauvaise humeur, puis laissa passer un silence avant de se redresser d’un mouvement brusque.
- O.K., génial, ravi de faire la connaissance d’une technologie de pointe aussi futée. Mais ce n’est pas tout ça, on doit se tirer, ma mission est terminée.
- La vôtre peut-être, mais pas la mienne, l’interrompit l’humanoïde. Vous attendrez que j’achève le travail que j’ai commencé ici.
- Il est hors de question que je reste une minute de plus dans cette grotte hostile en aussi désagréable compagnie. Soit vous m’accompagnez, soit je vous laisse vous décharger toute seule. Soyez certaine je ne reviendrai pas vous chercher.
Yoka demeura impassible. Un silence s’installa, dominé par son regard indéfinissable. Subitement, la dent de métal de Calixte s’éclaira entre ses lèvres crispées, jusqu’à devenir presque translucide.
- Sergent Calixte, énonça l’humanoïde d’une voix mécanique, vous êtes en mission prioritaire de l’amirauté. Vous aviez tout pouvoir pour me retrouver, mais vous êtes désormais, selon la mission BRM-413 dont vous a chargé votre chef de corps l’amiral Madrigal, contraint de m’obéir en tout point et de m’aider à accomplir mon devoir.
Calixte resta bouche bée. Sa dent s’éteignit et retrouva son lustre métallique froid.
- S’il vous plaît, ajouta le robot, je ne vous demande rien d’autre que d’attendre dix minutes.
- Putain ce n’est pas possible, s’emporta Calixte en tournant les talons, jamais je ne tomberai sur un putain de robot qui soit un peu cool, bordel !
Il s’éloigna sous le regard impassible de Yoka 27.
- Ça ne serait pas trop vous demander que d’être un peu cool, juste un peu cool !
Sa voix rauque et puissante résonna quelques instants entre les parois de la caverne.
A l’extérieur, l’horizon dégagé dévoilait la neige à perte de vue. Le ciel était gris, mais la tempête avait cessé. Calixte sortit de la grotte d’un pas rageur.
- Goldo pour Calixte !
La radio de son armure s’alluma aussitôt.
- Qu’est-ce qu’il y a beau gosse ? répondit Goldorak.
- Il y a que je n’en peux plus de ces robots qui savent tout sur tout et qui lisent dans mon cerveau comme dans une carte à puce.
- Mais c’est ce qu’ils font, ils lisent dans ta carte mémoire.
- Et bien ça me gave, voilà ! Branche-moi plutôt à ta radio, ça me calmera les nerfs.
Mais seul le son parasité d’une voix déformée lui répondit.
- Laisse tomber Goldo, le signal ne passe pas.
La voix incompréhensible de son collègue était entrecoupée de parasites aigus.
- Qu’est-ce que tu fous ? Coupe ça, c’est insupportable.
Une sorte de cri de terreur lui parvint, suivi d’une explosion violente subitement coupée.
Le silence avait regagné le plateau enneigé.
Dans le dos de Calixte, au loin, une lueur orangée réchauffa subitement le ciel glacé. La sueur froide de Calixte se figea sur ses tempes bleuies, quand il entendit l’écho de l’explosion. Il se retourna dans un geste lent et interrogateur et contempla d’un œil inquiet le paysage immaculé.
La lueur avait disparu.
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