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La neige recouvrait tout. Les nuages étaient de la neige épaisse, l’horizon était un mur de neige, le sol était un amas de neige. Seules se distinguaient les bourrasques de vent qui dessinaient des tourbillons de grêle.
Dans la tempête uniforme apparurent deux fanions fins et puissants, deux petites torches parallèles, deux yeux qui projetaient une lumière jaune. Ils appartenaient à un être au visage de métal, de la stature et de l’apparence d’un homme grand et puissant, recouvert d’une masse caoutchouteuse, gélatineuse, métallisée, articulée.
Insensible à la tourmente, le robot humanoïde marchait avec aisance, porté par ses pieds en forme de raquette. Sa carapace le protégeait de la neige collée à sa face et à son torse. Malgré la glace qui gagnait sur les chevilles et les jambes, il avançait toujours.
La base d’une falaise apparut bientôt dans ce désert blanc. L’humanoïde accéléra le pas jusqu’à l’entrée d’une grotte, et sans hésiter pénétra dans la pénombre. Sous les rayons vaporeux de ses yeux jaunes, les parois nues de la roche verglacée s'illuminèrent comme du cristal. Plus loin, un objet de métal visiblement abandonné n’attira pas son attention, malgré l’étrangeté de sa présence.
Le pan d’un rocher arrêta son regard.
Sous une fine pellicule d’eau gelée, une scène incongrue et primitive était tracée dans une couleur ocre, représentant un quadrupède poilu lancé au galop. L’humanoïde s’attarda un instant, sans abandonner son indifférence apparente, puis s’enfonça plus profondément dans la caverne.
Il ne fit pas deux pas que ses pieds de géant se posèrent devant le corps inanimé d’une femme. Elle était vêtue d’une combinaison unie dessinant les courbes de son corps, la tête camouflée par le volume des cheveux.
Le robot s’agenouilla et souleva le corps pour le coucher sur le dos. Un visage gelé et sans vie apparut, à la beauté lisse encore intacte. Des lèvres roses donnaient à la jeune femme l’attrait d’une poupée.
D’un geste, l’humanoïde déclencha un mécanisme. Ses yeux s’éteignirent en même temps qu’une lampe fixée sur la poitrine s’allumait, éclairant plus distinctement l’ensemble de la grotte. Des griffes de fer se rétractèrent sur le cou. Le robot saisit son casque et l'ôta, révélant les traits grossiers et la peau suante d’un homme mal rasé, qui inspira l’air frais.
L’homme se débarrassa de ses gants rigides, ouvrit une poche dissimulée dans son armure et en sortit un paquet de Marlboro. Il porta à la bouche une cigarette rapidement allumée, découvrant une dent métallique au milieu d’un sourire blanc.
Sans cesser d’observer la jeune femme, il tendit une main vers le visage si parfait et la posa sur la joue lisse comme du verre. La teinte livide de la peau délicate contrastait avec les doigts chauds et rugueux.
- Goldorak pour Calixte !
L’homme avait lancé cet appel sans qu’il semble adressé à quiconque.
- Calixte, espèce de clown, répondit une voix émergeant de l’armure. C’est sympa de donner signe de vie avant que je m’inquiète.
Le contact radio s’était établi automatiquement.
- C’est nouveau, tu t’inquiètes pour moi, ironisa Calixte.
- Je ne m’inquiète pas, je veille sur le bon déroulement de notre mission.
- Si ça peut te rassurer, j’ai découvert Yoka 27, elle était bien dans la grotte. Je vais tâcher de la ranimer et je te rappelle.
Goldorak ne semblait pas l’avoir entendu.
- Calixte, écoute-moi ça, j’ai réussi à me connecter à Radio Nostalgie.
Bien qu’isolé dans une grotte sans vie au milieu d’un désert de neige, Calixte se retrouva curieusement en liaison avec une émission lointaine diffusant une version légèrement parasitée d’Ainsi parlait Zarathoustra de Deodato.
- Quand j’entends ça, poursuivit Goldorak, j’ai envie de retourner illico à Vesuvio et de me foutre à poil au bord d’un joli petit cratère pour me réchauffer en paix.
- Goldo, tu me fatigues, j’ai du boulot, je te rappelle…
Le contact radio et la musique s’éteignirent immédiatement.
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