Disparition

par JC Monot

La femme était assise dans son fauteuil, faisant face à la large baie vitrée dont une portion était entrebâillée. Son regard encore vif parcourait le paysage aride, passant d'un rocher au suivant, puis au suivant jusqu'à arriver à la colline qui se tenait à l'horizon. On y voyait distinctement les protubérances métalliques qui la surmontaient, se détachant sans peine sur le ciel et le sol aux teintes orangées. Le visage à peine ridé esquissa un sourire au souvenir de sa première journée sous le plus gros de ces éléments, le Dôme, il y avait de cela soixante-cinq années.

Curieusement, Marlène Insigna avait le sentiment que peu de choses avaient changé durant ces années. Certes, elle était devenue gouverneur, avait développé l'habitat à l'air libre, en contact direct avec l'atmosphère douce et tiède de la planète Erythro, et les échanges s'étaient poursuivi avec les procaryotes. Mais ils restaient encore limités à de rares personnes. Cet organisme collectif semblait un peu rétif à nouer des liens, peut-être parce qu'il ressentait le même sentiment de la part des humains. Un soupir s'échappa de ses lèvres : elle savait qu'il faudrait du temps, beaucoup de temps, avant que l'Homme n'accepte de communiquer à égalité avec une intelligence couvrant une planète entière. Mais cela viendra, elle en était persuadée.

D'un geste, la femme fit tourner le fauteuil et se retrouva à son bureau. Quelques pressions sur le clavier intégré et l'écran devant elle afficha l'agenda de la journée : elle savait ce qui était prévu, et se contenta de vérifier l'heure. Une autre pression et une voix masculine se fit entendre :

— Oui, madame ?

— Yorg, avez-vous reçu la confirmation du test de cette après-midi ?

— Oui, madame. Le vaisseau arrivera cependant à proximité de Némésis, au point zéro, avec une heure d'avance. Le docteur Norm était en avance sur son planning et en a profité.

Marlène fronça les sourcils, pestant silencieusement contre ce scientifique imbu de sa personne qui croyait tout savoir.

— A l'issu du test, mettez-moi en contact avec Norm, Yorg.

— Bien, madame.

* * *

Le docteur Hallan Norm était responsable de l'équipe chargée d'explorer toutes les pistes afin d'utiliser la transition supraluminique pour dévier Némésis de sa course fatale en direction de la Terre. Et cet homme avait un orgueil démesuré : il avait déjà optimisé à deux reprises la création des flux de transition, ne cessait de s'en vanter, et voulait aller encore plus loin.

Il était à l'origine du « Hermès ». Ce vaisseau était un prototype entièrement automatisé, utilisant le même principe de transition que celui inventé sur Terre, il y a plusieurs décennies, mais les équations mathématiques avaient été poussées à l'extrême afin de démultiplier l'effet recherché. Et de provoquer une déviation accrue des corps spatiaux à proximité de la trajectoire du vaisseau en phase supraluminique.

Norm se trouvait dans le centre de contrôle, sur la colonie Rotor, en orbite haute autour de Erythro, avec quelques personnes de son équipe. Il était assis devant un écran, et scrutait les chiffres qui défilaient.

— Bon, un dernier tour pour vérifier les paramètres d'activation. Yet ?

— C'est bon pour moi. « Hermès » en phase d'attente au point zéro.

— Allan ?

— Pour moi aussi.

— Matt ?

— Le contrôle de transition est activé. Tout va bien.

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vendredi 17/02/12

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